Le commentaire de texte
Quelques conseils de méthode
I. Remarques préliminaires.[1]
ü Tout d’abord, choisir le commentaire le jour de l’examen ne doit pas être une solution de facilité. Comme la dissertation, cet exercice vise à tester les connaissances acquises et retenues suite à l’enseignement reçu pendant un an. Ainsi, l’exercice ne peut être réussi grâce aux seules informations du texte, vous devez solliciter les connaissances du cours pour le mener à bien.
ü Contrairement à la dissertation toutefois, le commentaire est un exercice plus contraignant dans la mesure où vous n’êtes pas libre de la pensée que vous y développez : vous devez coller à celle de l’auteur telle qu’elle est exposée dans le texte et uniquement dans le texte. L’épreuve n’est pas une épreuve de spécialiste (d’où la petite indication à la fin du sujet, précisant que la connaissance de l’auteur n’est pas requise). Dans la mesure où tous les textes proposés constituent des entités cohérentes, où est exposée et démontrée une idée, vous n’avez pas besoin de connaître l’œuvre d’où est tiré l’extrait, ni les autres œuvres de l’auteur pour comprendre et expliquer le texte. De même, si vous connaissez l’œuvre de l’auteur, vous ne pouvez pas utiliser des éléments qui ne sont pas compatibles avec ce que le texte dit ou pas dans le texte. Il s’agit d’expliquer le texte par lui-même et pour lui-même.
II. Les principales erreurs à éviter.
ü La première d’entre elles est la paraphrase. Elle consiste à reformuler le texte dans vos mots, sans rien ajouter à ce qu’une simple lecture du texte apporte. Ce défaut ne vous permet pas de remplir le contrat requis pour l’exercice puisqu’il s’agit d’éclairer la lecture du texte, de rendre explicite ce qui est implicite dans le texte, d’apporter les éléments nécessaires à la compréhension du texte. La paraphrase est inutile car on peut partir du principe que le correcteur n’a pas besoin de vous pour comprendre le sens littéral du texte. Comme pour un commentaire de texte en français, la différence entre la paraphrase et l’explication c’est que la paraphrase se contente de dire ce que dit le texte (et que n’importe qui sachant lire peut comprendre) alors que l’explication dit ce que veut dire le texte. Votre explication doit donc apporter quelque chose à la lecture du texte, comme si vous deviez l’expliquer à quelqu’un n’ayant par exemple jamais fait de philosophie.
ü Comment éviter la paraphrase ? Un des indices de la paraphrase est la citation exhaustive ou intensive du texte. Si pour expliquer le texte, vos phrases comprennent en grande partie une citation longue du texte, c’est que vous êtes en train de le paraphraser.
ü Le second défaut tout aussi grave est celui qui consiste à prendre le texte comme prétexte pour parler du thème abordé par le texte sans expliquer le texte lui-même. Ce défaut se retrouve souvent chez les élèves qui préfèrent l’exercice de la dissertation et qui préfèrent donc traiter finalement l’exercice comme une dissertation en développant une argumentation qui est la leur sur le thème du texte, plutôt que de commenter le texte. Ce défaut est bien sûr tout autant pénalisant que le précédent, il ne vous permet pas non plus de remplir le contrat de l’exercice qui est d’expliquer le texte.
ü Comment éviter ce défaut ? Autant donc il n’est pas possible de ne faire que citer le texte, autant il est nécessaire de s’appuyer dessus, notamment en indiquant à chaque étape de votre explication à quel moment du texte vous vous référez. Il suffit pour cela d’indiquer la ligne sur laquelle vous vous appuyez, ou le début et la fin de la phrase pour que votre correcteur puisse se repérer dans le texte.
ü Vous devez donc adopter une attitude qui consiste simultanément à avoir du recul par rapport au texte pour réellement l’expliquer et en éclairer la lecture tout en ayant en permanence comme seul guide et support de votre réflexion le texte lui-même. Il faut donc être proche du texte, intime avec lui, tout en prenant du recul à son égard.
ü Enfin, vous devez distinguer une étude de texte en philosophie de ce que vous avez pu faire en français jusqu’à présent. Les outils utilisés en français (repérer des figures de style, un champ lexical, une répétition, etc…) peuvent être utilisés dans votre travail préparatoire de compréhension du texte (au brouillon) car ces outils vous permettent de repérer précisément des éléments que vous allez devoir expliquer. Si l’auteur par ex. utilise le champ lexical de la guerre pour parler des rapports de l’homme et de la nature, s’il utilise une métaphore, s’il utilise cinq termes synonymes pour exprimer apparemment la même idée – tout cela constitue des signes qui doivent attirer votre attention et vous amener à vous demander ce que cela signifie, le rôle que cela joue dans l’architecture générale du texte. Mais en aucun cas vous ne devez vous arrêter là (il y a un champ lexical de la guerre, il y a cinq fois des connecteurs logiques d’opposition), vous contenter de constater ces éléments de style, mais indiquer ce qu’ils signifient, le sens qu’ils vous permettent de dégager du texte. Attention donc, si ces outils peuvent s’avérer utiles, ils ne sont jamais que des outils et l’explication du texte en philosophie ne doit pas être un simple commentaire du style de l’auteur.
III. L’analyse du texte.
ü D’abord, vous devez en permanence, tout le long de votre travail préparatoire, lire et relire le texte. Le travail au brouillon peut se faire en analysant le texte phrase par phrase ou ligne par ligne. On ne peut tout simplement pas commenter simultanément plusieurs phrases. Toutefois, vous devez vérifier chacune de votre interprétation sur chaque moment du texte par une lecture exhaustive du texte. C’est le seul moyen d’éviter les contre-sens. Donc à chaque moment, il faut relire le texte en entier pour vous assurer que ce que vous êtes en train de dire ou de comprendre n’est pas contredit par un autre moment du texte.
ü A la première lecture, essayez d’identifier le thème, la thèse et le problème du texte. Le thème est le sujet principal du texte, exprimé en une ou deux notions. Ces notions ne sont pas nécessairement exactement les mêmes que celles du programme, vous pouvez par ex. avoir un texte sur l’éducation – notion qui ne figure pas dans le programme mais qui en regroupe plusieurs. La thèse, c’est l’idée principale du texte, celle que l’auteur s’emploie à démontrer dans le texte. Le problème, comme pour la dissertation, c’est la question philosophique que pose le texte, qui peut recevoir plusieurs réponses alternatives et indécidables, et à laquelle le texte s’emploie à répondre en défendant précisément une thèse. Essayez également d’identifier l’enjeu philosophique, c'est-à-dire la place que peut occuper le texte dans la tradition philosophique. Certes la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, en revanche, les textes proposés au baccalauréat sont extraits d’œuvres des principaux auteurs de la tradition philosophique. Vous devez donc pouvoir situer l’auteur dans le temps, identifier éventuellement contre qui il écrit, s’il s’inscrit dans un courant, une tradition particulière, s’il a eu par la suite des disciples ou au contraire des opposants majeurs. En un mot, essayez de comprendre pourquoi ce texte a été écrit et la place qu’il occupe dans l’histoire de la philosophie.
ü Vous devez ensuite saisir la structure du texte. D’abord, identifier les mots de liaison – qui indiquent les transitions logiques d’un moment à l’autre du texte et vous permettent donc de percevoir l’organisation logique du texte. Ensuite, essayez de distinguer le statut des différentes phrases du texte : est-ce une phrase d’introduction, l’énoncé d’une thèse, un exemple, une concession, la réponse à une objection possible, etc… Ceci fait, vous devez pouvoir établir le plan du texte. Comme pour la dissertation, le plan n’est pas seulement un découpage en parties mais la compréhension de l’organisation globale du texte avec ses parties et ses transitions. Il n’y a pas nécessairement de plan unique pour chaque texte, l’important est que le plan que vous proposez soit cohérent, justifié par le texte et que vous puissiez rendre compte des transitions qui organisent le passage d’une partie à une autre. Ces transitions ne sont pas nécessairement problématiques. Ce peut être tout simplement le passage de l’énoncé d’une idée à un exemple. La compréhension du plan du texte est nécessaire pour comprendre le texte lui-même car dans la mesure où chaque texte vise à démontrer une idée, comprendre la structure de cette argumentation, c’est déjà comprendre en grande partie l’argumentation elle-même.
ü Le deuxième travail consiste à comprendre et élucider un certain nombre de mots ou d’expressions clé – qui constituent les étapes importantes et marquantes de l’argumentation proposée par l’auteur. Pour identifier ces expressions, vous devez d’abord avoir compris le plan du texte pour voir où se joue les moments essentiels de la réflexion de l’auteur. Comme dit plus haut, les outils utilisés pour un commentaire de texte en français peuvent être utiles. Vous devez aussi pouvoir repérer les mots qui ont fait l’objet d’une longue tradition de réflexion et de définition dans l’histoire de la philosophie, surtout s’ils paraissent dans le texte recevoir une acception nouvelle. Enfin, soyez sensibles à vos réactions spontanées à la première lecture du texte : la surprise, l’incompréhension, l’impression d’une contradiction… ce type de réactions manifestent que quelque chose a attiré votre attention, suscité votre interrogation et mérite donc d’être élucidé, expliqué dans le cadre du commentaire. Il peut être utile, pour éclairer ce type d’expressions, d’avoir recours à des ex. de votre propre cru. Par ailleurs, vous devez rendre compte également comme il a été dit des effets de style du texte, qui on nécessairement un sens. La métaphore, l’accumulation de synonymes, etc… doivent être interprétés.
ü C’est à ce moment de votre travail qu’il faut faire en sorte d’éviter les contre-sens. D’une manière générale, le moyen de se rendre compte que vous êtes en train de faire un contre-sens est lorsque vous vous retrouvez face à une contradiction. Que ce soit une contradiction entre ce que vous dites et le texte en son entier, une contradiction apparente entre deux moments du texte (dès que vous dites, l’auteur ce contredit, vous pouvez être sûrs d’être en train de faire un contre-sens et d’avoir mal compris la structure du texte), une contradiction entre deux moments de votre propre propos, tout contradiction est le signe que quelque chose a mal été compris. Avant donc de commencer à rédiger, vous devez relire les éléments que vous avez mis à jour pour vous assurer qu’aucune contradiction ne s’y trouve. Si vous tomber sur des éléments contradictoires, c’est qu’une de vos hypothèses de lecture doit être réévaluée.
IV. Rédaction (séries générales)
ü L’introduction comprend plusieurs moments. D’abord si vous le pouvez, situer le texte et son auteur. Comme il a déjà été dit, ce n’est pas une épreuve de spécialiste, du coup cette étape n’est absolument nécessaire et par ailleurs elle ne se justifie que si elle est courte et, surtout, n’apporte que des éléments qui peuvent servir à comprendre le texte. Ensuite, il s’agit de présenter le texte, son thème, son problème, ses enjeux et sa thèse. Il faut rendre compte donc des premiers éléments de problématisation qui peuvent apparaître à une première lecture et permettre de cadrer la lecture et l’explication qui va suivre. Enfin, comme pour la dissertation, il faut proposer un axe de lecture, une sorte de problématique, c'est-à-dire le grand problème que pose le texte à la lecture, la question que le texte pose et à laquelle il ne répond pas explicitement mais qu’il faut néanmoins avoir résolue pour comprendre le texte.
ü L’introduction doit également annoncer le plan du texte et le plan de votre explication. Si vous faites le choix d’un plan linéaire, ce sont les mêmes donc exposer le plan du texte et préciser que l’explication sera linéaire suffit. Soyez toutefois vigilant à bien – comme on l’a déjà dit – préciser dans l’annonce du plan l’idée générale de chaque partie ainsi que ce qui commande le passage de l’une à l’autre. Si vous faites le choix d’un plan thématique, annoncez d’abord la structure du texte puis préciser le plan qui est le vôtre, ici encore en étant bien attentifs à préciser le lien d’une partie à une autre.
ü Le choix du plan est tout à fait libre et dans la mesure où le guide doit rester le texte, il n’y a aucun impératif. Tentez toutefois de vous garder de deux travers. Pour le plan linéaire, celui qui consiste à expliquer les phrases les unes après les autres, sans aucune perspective d’ensemble. Si au brouillon, ce travail phrase par phrase peut être effectué pour bien saisir tout le détail de l’argumentation, il a déjà bien été précisé, que ce travail doit se faire toujours dans le souci de la compréhension de l’ensemble du texte. Donc au sein d’une de vos parties si vous optez pour le plan linéaire, expliquez la partie dans son ensemble, d’une manière dynamique et globale, sans avancer pas à pas d’une manière fastidieuse et laborieuse. Si vous optez pour le plan thématique, le défaut difficile à éviter est la répétition. Dans la mesure où le plan thématique consiste à aborder tout le texte en fonction de 2 ou 3 axes ou thèmes principaux, vous pouvez être amenés à étudier plusieurs fois de mêmes moments du texte. Dans ce cas, veillez à ne pas vous répéter.
ü En ce qui concerne une éventuelle partie critique – c'est-à-dire l’apport d’éléments extérieurs au texte. D’abord cette partie n’est pas un impératif de l’exercice. L’objectif reste l’explication du texte par et pour lui-même. Il peut toutefois être intéressant en fonction de vos connaissances et de la pertinence par rapport au texte d’évoquer une doctrine philosophique similaire ou contraire (attention « critique » ne signifie pas « descendre en flèche » mais juger, évaluer, analyser) qui peuvent apporter un éclairage un peu différent et intéressant pour la lecture du texte. Il ne s’agit pas de vous opposer systématiquement au texte mais d’en enrichir la lecture. Comme il a déjà été dit, vous n’avez pas à être d’accord avec le texte pour l’expliquer. Soit un auteur qui vous paraît avoir développé une argumentation qui s’oppose au texte d’une manière incontournable, soit un auteur qui a (avant ou après l’auteur) confirmé ce qu’il dit, etc… C’est ici à vous d’évaluer la pertinence de ce type de référence, étant entendu que vous devez toujours justifier l’apport d’une connaissance extérieure en expliquant ce qu’elle apporte à la lecture du texte et que cette référence ne doit jamais venir que dans un deuxième temps, après que vous ayez expliqué le texte dans un premier temps par lui-même. Vous pouvez soit consacrer une dernière partie critique où vous apporterez ces éléments, soit le faire au fur et à mesure de votre commentaire.
ü La conclusion doit rendre compte des éléments apportés par votre explication, qui ont permis de résoudre les problèmes posés par le texte et explicités dans l’introduction, en réaffirmant donc la thèse de l’auteur, les idées principales qui la justifient et la résolutions des problèmes que pose le texte.
[1] Voici ce que dit le texte officiel du programme : « l’explication s’attache à dégager les enjeux philosophiques et la démarche caractéristique d’un texte à longueur restreinte. En interrogeant de manière systématique la lettre de ce texte, elle précise le sens et la fonction conceptuelle des termes employés, met en évidence les éléments implicites du propos et décompose les moments de l’argumentation, sans jamais séparer l’analyse formelle d’un souci de compréhension de fond, portant sur le problème traité et sur l’intérêt philosophique de la position construite et assumée par l’auteur. »
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