Vendredi 14 mars 2008
LA LIBERTE PEUT-ELLE ETRE UN FARDEAU ?
Eléments d’introduction.
- un fardeau : poids,
contrainte, qui m’empêche d’avancer, me retarde, ou qui pèse tout simplement lourdement sur mon sort et mes actions. Par ailleurs, puisque c’est un poids, le fardeau est quelque chose dont il est
légitime de chercher à se débarrasser.
- connotation négative du
fardeau par opposition à la connotation positive de la liberté. Plus encore, la liberté c’est justement la possibilité de faire ce que je veux donc paraît être opposé au fardeau.
- la liberté implique ainsi des
responsabilités – rendre des comptes de nos actes devant diverses instances : ne peut-elle pas en ce sens être un fardeau.
- il fallait ne pas oublier
« peut » et « être dans l’analyse. Le « peut » peut se comprendre ainsi au sens de « est-il possible (théoriquement, logiquement, mais aussi contrairement dans les
faits) que la liberté soit un fardeau ? » (possibilité de fait) mais aussi « est-il légitime de dire que la liberté est un fardeau ? » (possibilité de droit). Quant
au verbe être, on peut l’entendre au sens d’être définie comme (la liberté peut-elle être définie comme un fardeau), être vécue (se manifester comme, avoir l’apparence de) et enfin être
considérée comme.
- Est-il possible de définir la
liberté comme un fardeau ? Est-il légitime de la considérer comme telle ?
I. Liberté et absence de contrainte.
A. Point de vue logique.
Définition la plus simple et la plus large de la liberté : la liberté, c’est l’absence de contrainte. Par définition le fardeau est une
entrave donc une contrainte – par conséquent la liberté ne peut pas être définie comme un fardeau ce serait une contradiction logique, une absurdité.
B. Point de vue pratique : liberté et animalité.
La liberté bien comprise – autonomie – est ainsi le contraire de l’esclavage et de l’animalité, ce qui fait de
nous des hommes à proprement parler. Rousseau – Contrat Social. Loin d’être un fardeau, un poids qui pèserait sur nos destinées, la liberté est au contraire ce qui fait la grandeur et la
dignité de l’humanité.
Tr. La liberté, par définition, ne peut pas être un fardeau : ce serait absurde de dire une telle chose car au contraire la liberté est ce qui nous sort de la
contrainte, nous sauve de l’esclavage et de l’animalité, nous fait accéder à une véritable humanité. Cependant, ne peut-elle pas avoir des effets négatifs qui font qu’elle est vécue, ressentie
concrètement comme un poids lourd à porter même si ce n’est pas ce qu’elle est dans son essence ?
II. Les effets négatifs de la liberté.
A. Une indétermination à double
tranchant.
Puisqu’elle s’oppose au déterminisme, la liberté est fondamentalement indétermination, c’est-à-dire qu’elle peut nous porter vers le pire comme vers le meilleur.
Rousseau – Second Discours.
B. Les heurts des libertés.
Ainsi, les effets négatifs qui sont dus au fait que les libertés entre elles peuvent avoir du mal à coexister pacifiquement et donc s’annuler l’une l’autre. Hobbes –
Leviathan
C. Liberté, responsabilité, angoisse
En raison de ces effets négatifs, la liberté s’accompagne de responsabilité : puisque la liberté peut s’avérer néfaste, des règles sont nécessaires ainsi que
des instances devant lesquelles rendre des comptes. La liberté totale s’accompagne ainsi d’une responsabilité totale, qui n’est pas sans générer une certaine angoisse. Sartre –
L’existentialisme est un humanisme.
TR. Ainsi la liberté peut être vécue, ressentie comme un poids – et non plus une contrainte – qui pèse sur nos épaules en permanence : poids de la
responsabilité, poids du devoir moral. Est-ce que cela veut dire que nous devons ou pouvons nous en débarrasser ? Avons-nous le droit de considérer la liberté comme un poids dont il faudrait
se défaire ?
III. Liberté et responsabilité.
A. Une tâche absurde.
Puisque cette liberté est inscrite dans notre nature, participe de notre humanité, il serait de toute façon vain de chercher à nous débarrasser. « Nous sommes condamnés à être libres ».
Ce n’est pas un fardeau momentané, qui grève pour quelque temps seulement notre route, c’est notre sort.
B. Le refus de la servitude volontaire.
Puisque c’est notre sort, il faut l’accepter et nous en accommoder. Le refuser serait commettre une grave faute pour nous. Diderot – Lettre à Helvétius. Ce
serait remettre en question les « droits sacrés de l’homme ».
C. Le devoir de liberté.
Si la liberté est un fardeau difficile à porter et à assumer, elle ne doit pas l’être, nous ne devons pas chercher à nous en défaire – nous commettrions sinon un
véritable crime contre l’humanité. Kant – Qu’est-ce que les Lumières ? Notre devoir moral est de l’assumer et de nous en montrer dignes. C’est un devoir qui s’impose pour nous mais
aussi pour les autres, pour l’humanité dont nous sommes en partie responsables.
Eléments de conclusion.
La liberté peut de fait être un fardeau source d’angoisse par l’ampleur des responsabilités qui nous incombent. En
revanche, elle ne doit pas l’être – car chercher à nous en défaire c’est alors renoncer à toute humanité pour nous et pour les autres.