Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : le blog aidandiaye
  • : Contact : aidandiayepetit@gmail.com.
  • Contact

Recherche

14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 11:48

LEO STRAUSS – DROIT NATUREL ET HISTOIRE Éléments d’analyse « Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. « L’idée de droit naturel, par opposition au droit positif, est qu’il existerait une norme universelle de la justice et du droit, par opposition au droit positif par définition relatif et changeant. Cette relativité du droit et des droits est l’argument principal utilisé dans l’histoire des idées (cf. le texte de Pascal étudié « plaisante justice qu’une rivière borne ») pour rejeter la possibilité de l’existence d’une norme du droit supérieure au-delà du droit positif. C’est également l’idée principal de ce que l’on appelle le positivisme juridique, incarné par les philosophies du droit de Kant et plus tard Kelsen : la norme positive est sa propre fin, au-delà d’elle il n’y a rien (c’est pour Kelsen par exemple ce qui motive la distinction fondamentale du droit et de la morale. Ce positivisme rejette le droit naturel, car toute norme prescrit ce qui doit être alors que la nature, ce n’est jamais que ce qui est, pas ce qui doit être . Telle est le fondement du positivisme juridique qui va de paire avec la critique du droit naturel. Or, la conséquence directe de cette critique est bien que nous sommes réduits au seul droit positif, tel qu’il est établi par les législateurs (pouvoir législatif qui fait les lois) et appliqué par les tribunaux (pouvoir exécutif qui fait appliquer les lois). En l’absence du droit naturel, on voit donc bien qu’au-delà du droit positif, il n’y a plus rien. « Or il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. » L’absence de droit naturel pose problème. En effet, « il est parfaitement sensé » « de parler de lois ou de décisions injustes », c’est-à-dire qu’il est légitime de ne pas nous soumettre sans aucune critique aux lois qui sont votées et appliquées. En disant que cela est « sensé », Léo Strauss nous invite à penser que cela est légitime au sens de fondé en raison, justifié par l’exercice critique du jugement. Ce qui serait insensé (fou) ce serai de considérer que toutes les lois sont justes au seul motif que ce sont des lois. Strauss nous dit que c’est « parfois même nécessaire ». Comment distinguer en effet une démocratie d’une dictature : n’est-ce pas précisément ce régime où il existe un dialogue entre le législateur et les citoyens, où les citoyens peuvent faire savoir au gouvernement ou au parlement qu’une loi leur semble injuste et appeler ainsi à la réforme. Si c’était impossible, nous vivrions sous une pure dictature où règnerait la censure et où la liberté de pensée et d’opinion n’aurait pas cours. « En passant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un étalon juste et de l’injuste qui est indépendant du droit positif et lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif. » Or, cette opération critique de remise en question d’une loi est un acte de jugement (ici, on peut émettre une critique à l’égard de ce que suppose Léo Strauss : crier à l’injustice d’une loi est bien plus souvent une action fondée sur un sentiment d’injustice). Or, tout acte de jugement suppose un critère, une norme grâce à laquelle nous évaluons, nous mesurons ce qui est pour vérifier si cela s’accorde avec ce qui doit être. Comme le juge au tribunal se réfère à la loi pour juger de la culpabilité ou non de l’action qu’il a à juger, il existe un tribunal de la raison, qui juge de la concordance ou pas de ce qui est avec ses principes. Il faut donc, nécessairement, pour dire qu’une loi est injuste supposer une norme supérieure du juste à la lumière de laquelle nous évaluons le droit particulier qui est le nôtre. « Bien des gens aujourd’hui considèrent que l’étalon en question n’est tout au plus que l’idéal adopté par notre société ou notre « civilisation » tel qu’il a pris corps dans ses façons de vivre ou ses institutions. » La difficulté est bien entendu de trouver cet étalon du juste sur lequel tout le monde s’accorde. C’est l’argument kantien du positivisme juridique : le droit positif c’est l’accord d’une société sur ce qu’elle considère comme juste, qui vient pallier l’impossibilité de trouver une norme universelle de justice. Puisqu’elle ne peut être trouvée (il n’existe pas d’idée universelle de la justice qui nous serait donnée), elle doit être posée. Alors le positivisme ne fait que constater l’impossibilité de trouver une idée du droit naturel partagée par tous. Nous sommes donc renvoyés à un relativisme juridique : la justice, l’étalon de la justice que nous pouvons trouver au-delà du droit positif serait lui-même relatif. Ce serait les mœurs qui ont cours au sein d’une civilisation (un moment historique où se développe une culture circonscrite et déterminée dans l’espace et dans le temps, avec ses codes propres). « Mais, d’après cette même opinion, toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées. Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu’ils sont reçus dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l’homme policé. De ce point de vue, les premiers ne peuvent être rejetés comme mauvais purement et simplement. » Alors, la première difficulté est que nous ne pouvons distinguer les cultures entre elles. Si la justice est relative et culturelle, il n’existe pas d’étalon supérieur, universel, pour évaluer ces différentes formes de justice, et condamner le cannibalisme, ce serait faire preuve d’un relativisme culturel, c'est-à-dire déclarer injuste des mœurs qui nous échappent en vertu d’un idéal de la justice qui est le nôtre et n’a rien d’universel. « Et puisque tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d’accepter en toute tranquillité une évolution vers l’état cannibale. S’il n’y a pas d’étalon plus élevé que l’idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique ». Dans cette configuration alors, nous sommes renvoyés au même immobilisme qu’au sein d’une même culture. De même qu’en l’absence de droit naturel, nous ne pouvons faire autre chose que subir le droit qui nous est imposé, de même, nous sommes conduits à accepter les règles qui sont les nôtres, sans chercher à les changer, sans avoir d’horizon idéal qui nous permettrait d’évoluer en espérant nous en rapprocher toujours plus, et nous ne disposons pas de la norme supérieure et extérieure qui seule rend possible le jugement critique. « Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l’idéal de notre société montre qu’il y a dans l’homme quelque chose qui n’est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés, de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l’idéal de notre société comme de toute autre. » Or, le simple fait que ces questions existent suppose que nous disposons de ce recul nécessaire au jugement critique. Décréter une loi injuste, s’indigner devant les normes qui ont cours dans d’autres cultures, cela suppose que nous supposons l’existence d’une norme transcendante et universelle qui nous sert de référent, de norme. Cela signifie non seulement que nous pouvons émettre de tels jugements critiques mais aussi nous dit Strauss que nous devons le faire : nous soumettre aux faits alors que nous connaissons l’existence d’une norme qui nous permet de les juger, c’est faire preuve d’une passivité qui va à l’encontre de tous nos devoirs de citoyens et d’hommes. « Cet étalon ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés, car elles ont, ainsi que leurs composants, de nombreux besoins qui s’opposent les uns aux autres : la question de priorité se pose aussitôt. Cette question ne peut être tranchée de façon rationnelle si nous ne disposons pas d’un étalon qui nous permette de distinguer entre besoins véritables et besoins imaginaires et de connaître la hiérarchie des différentes sortes de besoins véritables. Le problème soulevé par le conflit des besoins sociaux ne peut être résolu si nous n’avons pas connaissance du droit naturel. » Or, c’est à nouveau la même question qui se pose. Où trouver cet étalon universel de la justice. Il ne peut être l’image de nos simples besoins (ce que pourrait soutenir une philosophie utilitariste). En effet, au sein d’une même société, les besoins sont conflictuels, et s’opposent souvent, voire ne sont que le produit idéologique ou économique de l’évolution de la société, en rien des besoins réels. Ici encore, donc, faire de cet étalon le reflet de nos besoins nous mène à une impasse car nous avons ici à nouveau besoin d’une norme transcendante pour faire le tri entre nos besoins. Ni les mœurs, ni les besoins, il ne peut donc qu’y avoir le droit nature pour nous fournir une idée universelle et valable de la justice, servant de référent tant aux législateurs pour faire les lois, qu’au citoyen pour les évaluer avant de s’y soumettre ou de ne pas s’y soumettre.

Partager cet article
Repost0

commentaires

SapéGucciLv 04/12/2016 07:23

"Ctrl C", "Ctrl V"

azertyuiop 07/01/2021 12:07

pareil

GUCCIFENDIDONNOUSLESLLETBI 06/11/2019 19:22

je suis d'accord wAllah