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Au nom de quoi respecter autrui ?
Eléments de corrigé
Le terme autrui désigne l’autre homme : c’est celui qui est comme moi, mais qui n’est pas moi. En tant qu’il n’est pas moi, qu’il est différent de moi et que, dans l’extrême majorité des cas, je ne le connais pas, on peut en conclure que je ne lui dois rien. Le respect d’autrui semble donc ne pas aller de soi et devoir être justifié. Dès lors, si je ne dois rien à l’autre que je ne connais pas et dont je peux même me méfier, le respect n’est-il pas nécessairement motivé par l’intérêt que je peux en tirer ? N’est-ce pas d’abord en mon nom que je respecte l’autre, parce que je tire profit de ce qu’une certaine réserve dans mon attitude à l’égard d’autrui peut m’apporter ? Mais il faut distinguer les raisons pour lesquelles je respecte l’autre (le fait) et celles pour lesquelles je dois le respecter (le droit). Or, en nous demandant au nom de quoi respecter autrui, on nous demande quelle valeur ou quelle raison viennent justifier le respect dû à l’autre. Dès lors, ces valeurs et normes ne doivent-elles pas se trouver ailleurs que dans mon simple intérêt particulier ? Si le respect est dû à l’autre, c’est en effet aussi dans un sens moral. Le respect, en ce sens, désigne la considération qui est dû à l’autre, en tant qu’homme. N’est-ce pas ainsi parce que c’est un être humain, comme moi, que je dois le respect à l’autre quel qu’il soit ? N’est-ce pas en effet cette humanité qui le dote d’un statut particulier à mon égard, m’obligeant à considérer qu’il est porteur d’une valeur intrinsèque méritant mon respect ? Mais alors, est-ce que je ne risque pas de ne pas tenir compte de son individualité ? En effet, le respect désigne également un sentiment, c'est-à-dire un lien particulier qui me lie à un individu particulier et non à tout homme quel qu’il soit. En ce sens, est-ce que le respect n’est pas dû à l’autre plutôt en son nom, au nom de ce qu’il est, de son identité ? Si le respect est un sentiment, il faut en effet que je rencontre l’autre, que je le connaisse et sans doute que je l’aime et l’admire pour que je le respecte. On voit mal alors comment je pourrais éprouver du respect pour tous les hommes, a priori, universellement, et exactement de la même manière. Mais alors comment éviter que le respect ne soit qu’un sentiment arbitraire, subjectif et relatif ?
C’est pourquoi il est difficile de dire au nom de quoi respecter autrui. En effet, le respect est-il dû au nom de l’humanité que l’autre possède en commun avec moi ou, au contraire, est-il dû au nom des différences qui le caractérisent et qui nous séparent.
Nous verrons dans un premier temps que le moteur du respect semble être mon intérêt personnel et particulier. Mais le véritable respect n’est-il pas un acte moral dû au nom de l’humanité de l’autre ? Toutefois, ne puis-je pas éprouver pour autrui un sentiment de respect qu’au nom de l’identité qui est la sienne ?
Comme nous l’avons dit en introduction, le respect ne va pas de soi dans la mesure où l’autre représente, bien souvent, pour moi un inconnu, voire une menace. Je ne le connais pas, donc, dans le meilleur des cas, je ne lui dois rien et dans le pire des cas je m’en méfie et le crains. Dans ce contexte, c’est alors seulement si j’espère en tirer quelque chose que je peux faire preuve de considération à son égard. Le respect est en effet d’abord une attitude négative : elle consiste à ne pas porter atteinte à l’intégrité de l’autre, physiquement et moralement, ne pas l’insulter ni l’agresser physiquement, ne pas voler ces biens, etc… Or, c’est d’abord la loi juridique qui me prescrit de respecter un tel respect. Afin de réguler la société, la loi fixe en effet les limites des libertés individuelles. Or, si ces libertés individuelles doivent être régulées, c’est d’abord parce qu’il faut éviter qu’elles empiètent les unes sur les autres et finissent par s’annuler.
C’est ce qu’explique Kant lorsqu’il explique, dans la Doctrine du droit, que le droit assure la « coexistence extérieure des libertés ». Ce qu’assure le droit, c’est une compossibilité, une compatibilité des libertés qui, sans cela, ne seraient pas compatibles, c'est-à-dire ne pourraient pas cohabiter équitablement. Certaines l’emporteraient nécessairement sur les autres selon un rapport de force qu’aucun droit ne viendrait trancher. Ainsi, le respect comme distance à maintenir à l’égard d’autrui est d’abord dû au nom de la loi.
Or, la loi seule n’y suffit pas. Si la loi est effective, et est suivie, c’est d’abord parce qu’elle s’accompagne d’une force qui fait peser sur moi la menace d’une sanction en cas d’infraction à la loi. Ainsi, si je respect autrui c’est parce que la loi juridique m’y oblige, mais si je respecte la loi juridique, c’est parce que la menace d’une sanction pèse sur moi. Dès lors, c’est finalement en mon nom que je respecte autrui, au nom de mon intérêt particulier qui me fait préférer l’obéissance à la loi aux désagréments causés par une désobéissance. Ce n’est pas la seule raison pour obéir à la loi et on peut supposer que même sans menace d’une sanction j’y obéirais quand même, en tous les cas à certaines d’entre elles. En effet, en assurant la « coexistence extérieure des libertés », le droit rend possible la vie en société, assure l’organisation et l’ordre de cette société. Or, j’ai besoin de vivre en société, car j’en tire profit. L’obéissance à la loi sert donc doublement mon intérêt particulier : elle m’évite la sanction et elle me permet de bénéficier de tout ce que la société a à m’apporter.
C’est également ce qu’explique Kant dans L’idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique. Dans ce texte, Kant montre, à travers l’idée de l’insociable sociabilité, que les hommes sont spontanément amenés à se réunir en société car, dit-il « ils se sentent plus qu’hommes » en vivant avec les autres hommes, c'est-à-dire tirent de la société tout ce dont ils ont besoin pour développer leur nature raisonnable, pour accéder à la culture. Grâce à la division du travail et au partage des compétences, grâce à la circulation des idées et des savoirs, la société permet ainsi à chacun de ses membres de bénéficier de ce qu’elle lui procure pour développer toutes ses dispositions et qualités. Ainsi, si nous respectons les autres, ce n’est pas seulement parce que la loi nous y oblige et que nous craignons la sanction, mais parce que nous adhérons à la finalité de la loi (même s’il peut nous arriver de ne pas adhérer à son contenu) : c’est elle et elle seule qui rend possible la société, or nous avons besoin qu’elle continue à assurer cette fonction pour que la société perdure, dont nous tirons profit.
Ainsi, en dépit de ses dehors de gratuité et de bonté, le respect de l’autre semble se ramener à un seul principe : mon intérêt particulier. C’est en mon nom que je respecte l’autre. N’est-ce pas, d’ailleurs, toujours le cas des devoirs juridiques et moraux ? Si nous nous imposons ces contraignantes que sont les règles juridiques et morales, n’est-ce pas toujours parce que nous avons un profit à en tirer ? Dès lors, il y a fort à parier que ces règles ne sont pas érigées en fonction de critères universels et absolus du bien et du mal mais en fonction de critère plus triviaux, presque animaux, d’intérêt, d’utilité.
C’est la critique que Nietzsche fait de la morale dans Humain, trop humain. Il montre comment, en réalité, la morale et le droit ne sont que des manifestations de l’instinct de survie et de conservation qui ramène l’homme à la nature et à l’animalité auxquelles il n’échappe pas. Ce que nous jugeons bon, c’est ce qui nous est utile et ce que nous jugeons mauvais, c’est ce qui nous est nuisible. De même que nous n’avons aucun scrupule à nous débarrasser d’une mouche qui nous importune, de même nous n’avons aucun scrupule à nous débarrasser du criminel qui menace la tranquillité de la société. Ainsi, il n’y a pas de critères universels du bien et du mal, seulement du nuisible et de l’utile, en fonction de quoi nous déterminons la valeur des choses, des êtres et des faits. Nous voyons ainsi que le respect de l’autre s’inscrit ici dans cette perspective. Si nous considérons qu’il bon, moralement et juridiquement de respecter l’autre, c’est parce qu’en réalité cela nous est utile et sert nos intérêts individuels.
Nous avons donc montré que si nous respectons autrui, c’est d’abord en notre nom. Certes, la loi nous y oblige sous peine de sanction. Mais l’obéissance que nous acceptons de manifester à l’égard de la loi est elle-même le résultat de notre volonté de bénéficier de ce que la société a à nous offrir et que seul le respect de la loi rend possible. Dès lors, pourtant, parle-t-on encore de respect ? Si je respecte l’autre en mon nom, pour ce qu’il a à m’offrir, est-ce encore du respect ? Je peux très bien, après tout, rester dans le strict cadre de la loi tout en méprisant les autres. Pires, si l’autre n’est respectable que dans la mesure où il m’est utile, ou ne m’est pas nuisible, cela signifie-t-il que je peux ne pas respecter ceux qui me sont inutiles et nuisibles ? Le respect s’entend pourtant en un sens moral. C’est une considération universelle pour la valeur de ce qu’on respecte (que ce soit l’homme, ou la nature, ou un animal par exemple). Dès lors, le respect véritable ne doit-il pas plutôt être fondé dans l’humanité de l’autre et non uniquement dans mon propre intérêt ?
En effet, si je ne respecte l’autre que parce qu’il sert mes intérêts, mon respect devient relatif et, en réalité, c’est une simple tolérance qui reste extérieure à l’autre. Je peux me détourner de l’autre, garder mes distances à son endroit et en cela le tolérer, tout en lui tournant le dos. Dans le respect, il y a au contraire l’idée d’une considération, d’une reconnaissance de l’autre et de sa valeur. Or, en ce sens, le respect ne peut pas être relatif. Si le respect de l’autre s’appuie sur la valeur que je lui accorde, ne suis-je en effet pas obligé de reconnaître une valeur égale à tous les êtres humains ? Toute autre attitude consisterait à décider que certains êtres humains ont plus de valeur que d’autre. Sur quels critères pourrais-je opérer un tel tri ? Il semble bien que, en tant que j’appartiens moi-même à l’humanité, je sois incapable de m’en extraire pour la juger et faire le tri entre les êtres humains qui auraient de la valeur et ceux qui n’en auraient pas.
C’est ce qu’explique Lévi-Strauss dans Race et histoire. Même s’il ne s’agit pas là de l’attitude naturelle des hommes à l’égard des autres hommes, reconnaître l’humanité de l’autre comme égale à la mienne est pourtant une nécessité. En effet, exclure l’autre de l’humanité, le considérer comme « sauvage », « barbare », « œuf de pou », ce n’est rien d’autre que refuser de le reconnaître comme un être humain parce qu’il ne me ressemble pas. Celui qui traite l’autre de barbare, explique Lévi-Strauss, c'est-à-dire qui l’exclut de l’humanité, est celui-là même qui est barbare, qui se déshumanise en refusant de voir l’homogénéité du genre humain au-delà de nos différences.
Ainsi, c’est d’abord et avant tout en tant qu’être humain que l’autre mérite mon respect. Il y a, en effet, dans l’humanité de l’autre homme, une dimension raisonnable et morale qui le distingue des autres choses ou êtres que je peux rencontrer. Me retrouver face à un autre être humain, ce n’est jamais la même chose qu’être face à des choses ou à des animaux. Autrui étant comme moi, appartenant à la même espèce, je dois lui reconnaître les mêmes droits que ceux que je m’attribue à moi-même, je peux, par empathie et par analogie, supposer et comprendre qu’il refusera autant que moi de recevoir le traitement d’une chose ou d’un animal.
C’est ce qu’explique Kant dans la Critique de la raison pratique. Le respect dû à autrui est dû au nom de son humanité. Cette humanité me commande de le traiter toujours comme une fin et jamais comme un moyen, de ne jamais l’instrumentaliser ou, plus exactement, de ne jamais traiter l’humanité en lui (comme en moi d’ailleurs) comme un moyen. Or, ce respect est, d’abord, universel. Il est dû a priori, absolument et universellement à tout homme, qui qu’il soit et quoi qu’il fasse. Ensuite, ce respect est déduit de ce que j’exige pour moi-même. Je sais que j’exige pour moi un tel traitement. Je n’accepte pas que l’on me traite comme un animal, encore moins comme une chose. Rationnellement, je suis capable d’en déduire que l’autre aura la même atteinte, et que je ne peux, à son égard, adopter une attitude que je refuse de subir. Ainsi, je peux déduire que le respect est dû universellement à tout homme au nom de son humanité.
On retrouve dans cette définition morale du respect la dimension de la crainte qui était déjà présente dans la tolérance évoquée au début de notre parcours. En effet, la tolérance que nous avons décrite constitue une sorte de crainte dont le moteur est la réciprocité : respecter l’autre, c’est aussi prendre les devants et tout faire pour qu’il me respecte à son tour. Or, nous voyons ici aussi que la réciprocité est centrale dans le respect moral, au moins tel que Kant le pense. Nous retrouvons donc les deux aspects de la crainte : la crainte de ce que l’autre pourrait me faire (et qui m’amène donc à le respecter, à garder mes distances à son égard par peur de ce qu’il pourrait me faire si je ne le respectais pas), mais aussi la crainte à l’égard de l’humanité de l’autre, comme une réalité sacrée devant laquelle je m’incline. Le respect est en effet aussi motivé par la crainte. On respecte une autorité, une loi, parce qu’on en craint le pouvoir, la force. Ici, de la même manière, la crainte est en quelque sorte le moteur du respect de l’autre : crainte à l’égard de cette humanité qui nous dépasse et devant laquelle nous nous inclinons.
C’est ce qu’explique Lévinas dans L’humanisme de l’autre homme. Il y montre comment l’autre constitue pour nous un objet inédit, qui arrête le mouvement naturel et normal de la conscience parce que, par son visage, lieu de son humanité, il constitue un objet qui n’est pas un objet justement, c'est-à-dire un objet dont la conscience ne peut pas se saisir comme les autres. Ainsi, explique Lévinas, l’autre, le visage de l’autre, nous arrête, nous déstabilise, expulse la conscience de sa tranquillité, en un mot, nous tient en respect.
Nous avons donc vu que le respect se légitime par l’humanité de l’autre. Nous devons respecter l’autre au nom de l’humanité qu’il porte, comme moi, et qui nous dépasse. Refuser à l’autre un tel respect, nier sa valeur d’être humain, c’est m’exclure de l’humanité en l’en excluant lui. Mais ce que je respecte alors n’est-ce pas plus l’humanité que l’autre ? En effet, ce que je respecte chez l’autre, ce n’est pas ce qu’il a de particulier et de spécifique, ce n’est pas ce qui fait qu’il est lui, mais c’est, bien au contraire, l’humanité qu’il porte et qui ne lui est pas propre. Or, le respect est un sentiment. Dès lors, pour que j’éprouve un tel sentiment, ne faut-il pas que je rencontre l’autre, que je le connaisse, et donc que je le respect pour ce qu’il est individuellement et non son humanité générale ? N’est-ce pas au nom de ce que l’autre est que je dois le respecter si je veux le rencontrer véritablement ?
La nature humaine que nous portons dès la naissance ne dit en effet pas quel genre d’homme nous sommes ou serons. Sans doute, nous sommes tous, dès le départ, des êtres humains et en ce sens nous nous valons, pourtant, ne peut-on pas faire une différence entre le pire des criminels et le plus juste des justes ? Considérer que le respect est dû a priori au nom de l’humanité qui est la nôtre, c’est considérer que l’existence individuelle de chacun ne compte pour rien. Or, dans la mesure où le respect est un sentiment, il s’explique par le lien qui nous unit aux autres. Or, ce lien lui-même est une conséquence de ce que nous connaissons de l’autre (que nous le connaissions personnellement ou pas), c'est-à-dire de ce qui, dans son existence, commande le respect.
Nous pouvons ainsi reprendre la critique que Sartre fait à ce qu’il appelle l’essentialisme de Kant dans L’existentialisme est un humanisme. Cette idée kantienne de l’essentialisme suppose que l’homme est définit plus et d’abord par sa nature humaine que par son existence individuelle. Ainsi, comme nous l’avons vu, peu importe ce que nous faisons, le respect nous est dû au nom de notre humanité. Or, comme le montre Sartre, cette approche ne permet pas de penser une totale liberté des hommes, ni de prendre en compte leur identité particulière. L’homme est réduit à l’état d’un coupe-papier produit dans une usine selon un modèle. De même, l’individu n’est qu’un énième exemplaire d’homme. Or, il y a bien plus dans nos existences individuelles, et notamment une liberté d’action, de projet qui engage notre pleine responsabilité. Totalement libres de nos actions, nous en sommes totalement responsables. Nous sommes toujours libres de choisir d’essayer de lutter contre les circonstances plutôt que de les subir. Dès lors, cette responsabilité pleine et entière à l’égard de notre existence nous amène à penser que nous ne pouvons pas revendiquer le respect lorsque notre existence ne le mérite pas. Etant pleinement responsables de notre existence, nous devons pleinement l’assumer, même si elle suscite le mépris d’autrui.
Ainsi, nous pouvons conclure qu’autrui doit être respecté pour ce qu’il fait et non pour ce qu’il est, c'est-à-dire pour son individualité particulière et non pour son humanité générique. Pourtant, comme nous l’avons déjà évoqué, cela n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Comment pourrions-nous, en effet, respecter l’autre individuellement, dans une relation affective, sans tomber dans l’arbitraire le plus total et le plus absolu. En effet, si je respecte l’autre seulement au nom de ce que je connais et aime de lui, cela risque de dépendre de mes propres goûts et il semble alors que l’on tombe dans l’arbitraire le plus total. Comment faire alors pour donner au respect un véritable fondement ? Car sans cela, nous serions obligés d’admettre que le superbe mafieux est respectable pour le petit délinquant, au nom de sa propre échelle de valeurs…
Or, toujours dans L’existentialisme est un humanisme, Sartre montre par ailleurs que cette responsabilité entière que nous portons en ce qui concerne notre propre existence ne nous dégage pas d’une responsabilité à l’égard des autres. Puisque l’homme n’est d’abord rien et ne se définit qu’au fur et à mesure de son existence, l’humanité elle-même n’est également d’abord rien et ne se définit que grâce à l’humanité des hommes qui la composent. Chacun est ainsi responsable des pierres qu’il apporte à l’édifice. Ainsi, nous retrouvons le principe kantien d’une universalité de l’humanité, mais à construire. Je respecte l’autre, au nom de ce qu’il incarne de l’humanité que je souhaite et peux souhaiter pour tous. Le critère n’est ainsi plus subjectif, puisque je peux, par exemple, même si ce n’est pas mon domaine de compétence ni de prédilection, respecter le grand sportif, à mesure de ce qu’il représente d’achèvement d’une dimension de l’humanité. Ainsi, nous trouvons un critère du respect de l’autre qui soit à la fois universel ou universalisable et pas purement subjectif, mais aussi basé sur l’individualité de l’autre, sur ses actions, ses réalisations et son existence.
Ainsi, nous devons respecter l’autre au nom de ce qu’il est comme individu. Sans doute, la loi nous oblige à adopter à l’égard d’autrui une attitude de réserve qui respecte son intégrité physique et morale, mais il ne s’agit là que d’une simple tolérance, intéressée et extérieure, qui n’est pas assimilable au respect. Le respect, quant à lui, exige d’abord une dimension morale, qui reconnaisse la valeur absolument égale de tous les hommes. Mais ce respect moral, au nom de l’humanité morale, s’il est une base nécessaire aux existences humaines, ne saurait suffire car il ne me fait toujours pas rencontrer l’autre et lui reste extérieur. Ainsi, c’est au nom de ce qu’est l’autre, sur la base de ses actions et de son existence, au nom de ce que ces actions réalisent d’une humanité qui reste à construire, qu’autrui mérite mon respect et que je mérite le sien.
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