Présentation

Lundi 19 mai 2008

La question « qui suis-je ? » admet-elle une réponse exacte ?

 

Eléments d’introduction.

 

-         La question « qui suis-je ? » pose la question de l’identité. Ce n’est pas la question « qu’est-ce que je suis ? », qui elle nous demanderait de nous définir – et donc appellerait une réponse générique, une définition. L’identité, c’est ce qui me définit en tant qu’individu particulier. Dans un premier temps, rien de plus facile semble-t-il que de répondre à cette question – nous disposons d’ailleurs de papiers d’identité, dont le rôle est précisément de nous permettre de nous identifier c'est-à-dire de décliner les caractéristiques particulières qui permettent de nous distinguer d’autrui.

-         Le sujet pourtant nous demande si nous pouvons apporter une réponse exacte à cette question. S’il est facile en effet de montrer sa carte d’identité, le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne permet pas de nous connaître. Comment ainsi donner à cette question une réponse qui reste valable à travers toutes les évolutions que nous connaissons dans le temps. Si je peux répondre à cette question aujourd’hui, cette réponse sera-t-elle encore valable dans 10 ans ? et était-elle valable il y a 10 ans ? Une réponse exacte est en effet une réponse vraie, or la vérité est dans sa définition classique considérée comme universelle et absolue, c'est-à-dire indépendante des circonstances, hermétique au changement.

-         Toutefois, la conception plus moderne de la vérité, qui nous est transmise par la science, nous a permis de comprendre qu’on devait redéfinir la vérité comme relative. En ce sens, la caractéristique requise de la vérité est plus l’objectivité que l’universalité. Or, ici encore cela pose problème pour notre question. La question « qui suis-je » est une question posée à la première personne. Dans ces condition, avons-nous les moyens d’être objectifs ? Cela supposerait une parfaite transparence de moi à moi. Une réponse exacte dans ce sens (c’est-à-dire en concordance avec son objet, même si elle sera amenée à être réévaluée) est-elle possible ?

-         Se poser ces questions, c’est supposer que la question posée demande une réponse qui soit une connaissance. Ici alors nous sommes amenés à interroger précisément les limites de la conscience de soi comme connaissance de soi. Or, une réponse exacte n’est pas nécessairement vraie au sens scientifique du terme. La vérité, ce peut être aussi la sincérité et l’authenticité. Même à travers nos zones d’ombre, nos manquements à nous-mêmes, notre hypocrisie à l’égard de ce que nous sommes, ne sommes-nous pas toujours les seuls capables de décliner notre identité ?

-         Problématique : avons-nous les moyens d’accéder à une vraie connaissance de nous-mêmes ou la définition que nous donnons de notre identité sera-t-elle toujours oblique et biaisée par rapport à la réalité de ce que nous sommes.

 

Proposition de plan

 

I. Identité et substance.

 

  1. Identité et temps.

Une réponse exacte à une question est une réponse vraie, c'est-à-dire en accord avec la réalité dont il est question. Ici, cette réalité est moi, c'est-à-dire non pas ce qui en moi dit « je » mais ce qui est je. Or, cette identité est construite dans le temps puisque je suis un être vivant. Or, c’est la conscience qui assure l’existence de ce moi comme sujet dans le temps : sans la conscience qui fait le lien entre le passé et le présent, il n’y aurait aucune continuité du sujet et donc aucune existence possible. Il importe donc que la réponse à la question posée soit valable dans le temps et c’est la conscience de soi qui assure cette continuité. Référence : Bergson.

 

  1. Moi et substance.

Donc, la conscience de moi est le moi, c’est-à-dire ce qui me constitue comme sujet, particulier, avec son existence propre. Elle constitue ainsi le noyau dur, la substance de mon existence qui perdure au travers de tous les changements que je peux subir. C’est ce qui me reste quand plus rien d’autre n’existe. Référence possible : Descartes.

 

Transition. Ainsi, la conscience de soi, c'est-à-dire la pensée de moi-même, constitue une connaissance de soi car c’est à la fois la faculté qui me permet de me connaître et la substance qui me permet d’être. Alors je peux donner une réponse exacte à cette question « qui suis-je » grâce à la conscience. Mais cette réponse tout en étant vraie, ne devra-t-elle pas nécessairement est creuse et vaine ? Dire qui je suis en me réduisant à la substance que constitue la conscience de soi, n’est-ce pas me limiter à une réponse générique qui élude la véritable question posée : celle de l’identité particulière ? M’est-il alors possible de répondre à cette question en toute transparence ?

 

II. Ombre et lumière.

 

  1. Raison et corps.

En effet, faire de la conscience de soi une connaissance de soi, c’est accorder notre confiance à la raison et à la pensée. Or, qui je suis, moi, ce n’est pas seulement la faculté en moi qui peut dire « je ». Dès lors, il existe en moi d’autres raisons, d’autres causes que la seule raison raisonnante. Ces causes, je n’ai pas les moyens de les connaître avec exactitude puisqu’elles n’arrivent pas à ma conscience. Ma conscience est donc limitée, ainsi, je n’ai pas les moyens de répondre exactement, c'est-à-dire de manière exhaustive à la question « qui suis-je ». La conscience de soi, est une connaissance du moi qui dit « je », pas du moi qui est « je ». Référence possible : Nietzsche.

 

  1. Moi et les autres.

La question qui est posée ici est donc celle de l’objectivité dont je peux faire preuve pour répondre à cette question « qui suis-je ? ». D’après ce que nous venons de dire, la réponse à cette question – telle que je peux la donner – serait nécessairement subjective, c'est-à-dire biaisée et subjective. Ainsi, la question « qui suis-je » serait nécessairement une question à laquelle seuls les autres peuvent répondre de manière exacte c'est-à-dire objective. Référence possible : Sartre.

 

Transition. Mais qu’est-ce qui me permet de dire que les autres seront plus que moi neutres et objectifs ? La preuve en est que l’identité que m’attribueront les autres ne sera pas nécessairement unique (ils ne seront pas nécessairement d’accord) et que je ne m’y reconnaîtrai pas nécessairement. Pour nous assurer de l’exactitude d’une réponse, il faut un critère qui nous permettre de reconnaître sa vérité. Où alors trouver ce critère ailleurs que dans la conscience que j’ai de moi, qui, même si elle est biaisée, n’en reste pas moins authentique ?

 

III. Identité et authenticité.

 

A.    Identité et psychanalyse.

S’il y a en moi une part d’ombre, l’inconscient, qui supposerait que mon identité m’échappe et que seul autrui puisse répondre avec exactitude à la question « qui suis-je », il n’en reste pas moins que ce n’est pas n’importe quel autre. Le travail de dévoilement de mon inconscient que constitue la psychanalyse est un dialogue qui s’instaure entre moi et le psychanalyste. Mon discours constitue une réponse exacte à la question « qui suis-je » puisque mon identité complète (consciente et inconsciente) se dévoile dans mes lapsus, mes rêves, mes actes manqués. La médiation du psychanalyste est nécessaire pour décoder, interpréter, ce discours dont je ne maîtrise pas le langage mais à travers lequel se dévoile mon identité réelle. Ce n’est pas la conscience immédiate de soi qui est une connaissance de soi, mais l’interprétation de soi l’est en revanche. Référence possible : Freud.

 

B.     Identité et intimité.

Je suis ainsi le seul point de départ de la connaissance de moi-même. Toute réponse proposée à la question « qui suis-je » par moi sera exacte et toujours plus exacte que celle que quiconque d’autre que moi pourra fournir. L’identité, c’est l’intimité et non une pure réduction à mon existence extérieure : je ne suis pas une chose. L’identité c’est la responsabilité, c'est-à-dire l’acceptation de mon statut de sujet auteur de ses actes et de ses pensées. Or, cette identité n’appartient à personne d’autre qu’à moi. Référence possible : Merleau-Ponty.

par N'DIAYE publié dans : Corrigés DS/DM
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