Présentation

Mardi 2 décembre 2008

Y a-t-il une vérité des œuvres d’art ?

 

La vérité, c’est l’adéquation d’un discours avec le réel. Est vrai ce qui décrit les choses telles qu’elles sont, objectivement et rationnellement. Or, l’œuvre d’art est le produit de l’imagination de l’artiste – celui-ci représente ou présente les choses à travers sa subjectivité, par l’intermédiaire de son imaginaire. Or, l’imaginaire, c’est précisément le contraire de la raison et du réel. Alors, on serait tenté de penser qu’il n’y a pas de vérité des œuvres d’art, qu’art et vérité s’opposent au même titre que le réel et l’imaginaire.

Mais la vérité c’est aussi ce qui est sincère et authentique par opposition au mensonge et à la tromperie. En ce sens, l’artiste ne nous transmet-il pas une certaine vérité ? En effet, il ne nous ment pas mais rend compte des choses telles qu’il les perçoit, les pense ou les sent. Ainsi, l’art ne nous transmet-il pas une vérité qui est l’adéquation avec la réalité vécue par l’artiste ? Comment comprendre sinon que nous puissions apprendre quelque chose des œuvres d’art ou nous identifier à des personnages fictifs ? L’œuvre d’art d’ailleurs appartient au réel, existe concrètement. En ce sens, ne pouvons-nous pas aussi en tirer une connaissance sur l’histoire des cultures et des civilisations ?

         C’est pourquoi il est difficile de dire s’il y a ou non une vérité des œuvres d’art. En effet, ce qui est imaginaire est-il définitivement le contraire de la science et de la vérité ou l’art peut-il nous apprendre quelque chose ?

         Nous verrons dans un premier temps que parce qu’il est imaginaire et subjectif l’art est à l’opposé de la science. Mais ne peut-il pas y avoir dans l’art une vérité autre que scientifique ? L’authenticité et la subjectivité des artistes ne peut-elle pas nous enseigner quelque chose ?

 

                                                               *****

 

         L’œuvre d’art est une création subjective originale, fruit de l’imagination de son auteur. Ces deux caractéristiques principales sont donc d’être subjective et imaginaire. Subjective, car chaque œuvre est particulière et le fruit de la sensibilité de l’artiste. Ainsi, pour représenter une seule et même chose des artistes différents proposeront une œuvre d’art différente en fonction de la sensibilité propre à chacun, du point de vue et de la manière de voir le monde spécifique à chacun, c’est-à-dire donc de la subjectivité. Imaginaire, ensuite, car c’est l’imagination comme faculté créatrice, par opposition à la raison, qui permet à l’artiste de créer une œuvre qui reflètera précisément sa subjectivité. Or, la vérité se veut au contraire rationnelle et objective. Objective, en cela qu’est vrai ce qui décrit les choses telles qu’elles sont, c’est-à-dire d’un regard neutre, indépendant des spécificités de celui qui parle. Si ce que je dis est vrai, cela signifie que ça ne dépend pas de moi mais correspond bien à ce qu’est la chose, l’objet. Rationnelle, car est vrai ce qui est prouvé, démontré or la preuve n’est partageable et convaincante qu’à partir du moment où elle est le fruit de la raison, c’est-à-dire s’appuie sur des principes logiques communs à tous (si c’est une simple intuition que je considère comme une évidence, il m’est impossible d’en convaincre autrui). Enfin, l’imaginaire a sa logique propre qui n’est pas celle du réel. Le propre de la fiction, du rêve par exemple mais aussi de toute œuvre de fiction, c’est de ne pas répondre aux contraintes du réel – c’est-à-dire aux lois naturelles qui régissent le réel et y limitent nos possibilités d’action. Au contraire, dans l’œuvre d’art, il est possible de s’affranchir des lois du réel et l’imagination peut suivre sa propre logique qui n’est pas celle du réel. Ainsi, nous voyons que l’art et la vérité s’opposent point par point. La connaissance vraie du monde, transmise par la science, est rationnelle, démontrée et objective ; la représentation artistique du monde est imaginaire et subjective.

Par exemple, un film documentaire – intégrant des analyses scientifiques – se distingue d’un film de fiction précisément parce que le film de fiction donnera une vision ou une interprétation subjective des faits. Le film 9/11 rend ainsi compte des attentats du 11 Septembre à travers la vision qu’en ont onze réalisateurs. Il ne s’agit pas d’un documentaire qui chercherait à retracer précisément l’histoire et l’enchaînement des faits. Donc l’art ne nous transmet pas de vérité mais s’oppose au contraire à la science qui elle nous délivre une connaissance vraie du monde.

        

Ainsi, l’œuvre d’art n’est que tromperie : elle nous fait passer pour une représentation de la réalité ce qui n’en est qu’une copie déformée. Elle cherche à nous faire croire que ce que nous regardons est la réalité alors que ce n’est qu’une illusion trompeuse. Le meilleur compliment que l’on peut faire à un peintre ne serait-il pas qu’il est impossible de distinguer son œuvre de la réalité ou d’une photographie. Si l’œuvre d’art ne nous délivre donc aucune vérité, nous devons alors nous en méfier comme source de tromperie et d’ignorance. Il n’y a pas de vérité des œuvres d’art, pire, elle produit ignorance et erreur.

         C’est ce qu’explique Platon dans la République. L’art imitatif n’est qu’une copie de copie. Ce que reproduit l’artiste, ce n’est pas la chose dans son essence, l’original que contemple et copie l’artisan, mais l’objet réel qui est déjà une copie de l’original. Il y a donc une double dégradation dans l’œuvre d’art qui a deux degrés d’éloignement par rapport à l’original. Cette dégradation est d’autant plus sensible que l’artiste ne donne de la chose qu’une copie partielle et superficielle : partielle car c’est la représentation d’un point de vue (le tableau de l’arbre représentera l’arbre tel que le voit l’artiste là où il s’est placé pour le peindre mais on le verrait différemment placé ailleurs) et superficielle car l’artiste ne représente que l’apparence extérieure des choses. Enfin, et c’est le plus grave, l’artiste ne connaît pas ce qu’il représente et n’a pas besoin de le connaître pour le représenter : il lui suffit de le voir, de le regarder. Au moins, la copie de l’artisan s’appuie sur une connaissance de son objet. Pour ces raisons donc, Platon nous invite à nous méfier de l’imitateur qui produit un simulacre, une tromperie qui nous éloigne de la vérité et de la science pour nous plonger dans l’illusion et l’ignorance. Mais la connaissance est-elle la finalité de l’art ?

 

         En effet, si l’œuvre d’art s’oppose à la science et à la vérité, n’est-ce pas parce que ce n’est pas là son but ? L’œuvre d’art en effet n’a rien à voir avec la vérité et la connaissance. Le but de l’art n’est pas de représenter la réalité, la nature au plus près. Ce qui distingue l’œuvre d’art des autre objets produits de l’artisanat c’est leur caractère plaisant. Comme les autres produits de la technique, l’œuvre d’art est un effet un objet produit par l’homme grâce aux moyens et outils dont il dispose pour informer la matière. A ce titre, le tableau et la chaise connaissent le même processus de fabrication. En revanche, ils n’ont pas la même utilité. La chaise a une finalité pratique, quotidienne, utilitaire – elle est faite pour quelque chose. L’œuvre d’art au contraire n’a pas d’utilité pratique mais une finalité esthétique : l’objectif pour l’artiste à travers sa création, c’est de plaire, c’est-à-dire susciter chez le spectateur (lecteur, auditeur, etc…) une satisfaction esthétique, sentiment que j’éprouve au contact d’une œuvre qui plaît à ma sensibilité (sans pour autant être nécessairement belle car je peux éprouver un tel sentiment au contact de quelque chose qui n’est pas à proprement parlé beau).

         C’est ce qu’explique Hegel dans l’Esthétique[1]. Si l’art se donne pour projet d’imiter la nature au mieux, il ne peut qu’échouer. La copie ne sera jamais en effet l’original, aussi parfaite soit-elle. Aussi parfaite soit la représentation de l’arbre dans un tableau, une photographie ou une sculpture, ce ne sera jamais un arbre, mais une simple copie. Se donner pour l’art comme finalité d’imiter la nature c’est tout simplement se lancer dans une tâche irréalisable et vaine. N’étant pas la nature, il ne pourra jamais égaler la nature, et la copie ne sera jamais qu’une copie.

 

         L’œuvre d’art n’est donc pas vraie au sens scientifique du terme. La représentation qu’elle propose de la réalité est subjective et déformée par l’imagination, et, de toutes les façons, son but n’est pas de nous donner une représentation adéquate de la réalité qui pourrait concurrencer la science mais de susciter une satisfaction esthétique. Mais, cela signifie-t-il pour autant que nous n’avons rien à en apprendre ? La connaissance du monde et des hommes ne passe-t-elle que par la science ? L’œuvre d’art ne peut-elle pas nous fournir une vérité qui, pour n’être pas scientifique, n’en est pas moins cruciale ?

 

*****

 

         Si l’on soutient qu’il n’y a aucune vérité des œuvres d’art parce qu’elles se distinguent de la science, on admet alors que seule la science est apte de nous procurer une connaissance vraie. Or, n’est-ce pas restrictif ? N’y a-t-il pas des domaines où nous avons besoin d’autre chose que la seule science ? En effet, si nous nous contentons de seules connaissances fournies par la science pour connaître le monde nous risquons d’en avoir une connaissance incomplète. La science aura ainsi du mal à nous parler des sentiments par exemple. Dans ce domaine au contraire, l’œuvre d’art, la littérature par exemple, peut nous apprendre quelque chose sur le fonctionnement des sentiments humains à travers les personnages dont elle nous raconte l’histoire. Alors, art et science ne s’opposent plus mais au contraire se complètent. C’est la somme des deux discours qui nous permet de connaître la réalité telle qu’elle est dans sa globalité et il y a alors une vérité des œuvres d’art comme il y a une vérité de la science. Nous parlons bien d’ « une » vérité et non de « la » vérité car ce n’est précisément pas la seule.

         C’est ce qu’explique Cassirer dans La philosophie des formes symboliques. Il y explique qu’il n’y a pas qu’une manière de connaître la réalité et d’accéder à la vérité mais qu’il faut penser la connaissance vraie comme un réseau qui lie entre eux différents types de connaissances (mythe, langage, science, art). Il n’y a pas une vérité absolue, qui serait supérieure aux autres, autonome et auto-suffisante. Au contraire, toutes se complètent, sont relatives les unes aux autres et proposent une manière de dire la réalité qui est nécessaire mais pas suffisante. Ainsi, l’art retrouve sa place aux côtés de la science, et toutes deux peuvent prétendre nous fournir une vérité même si c’est sous deux modes différents.

 

         Cette conception différente des rapports entre art, science et vérité est rendue possible par une remise en question du caractère absolu et objectif de la vérité scientifique. Celle-ci peut en effet n’être conçue elle-même que comme une proposition de modélisation du réel, donc le caractère objectif ne pourra jamais être totalement établi. Ce n’est plus tant l’art qui se rapproche de la science que la science qui se rapproche de l’art. En effet, comme l’histoire et la pratique des sciences nous le montrent, la vérité scientifique ne pourra jamais être absolument objective. Il faudrait pour cela qu’elle puisse rencontrer directement son objet, or la nature ne nous est jamais donnée qu’à travers ce que nous en percevons – grâce à notre sensibilité et aux outils que la technique met à notre disposition – et nous ne pouvons avoir la garantie que la représentation que nous en faisons est la « bonne ». Ainsi, il devient possible de penser qu’il y a une vérité des œuvres d’art car la vérité scientifique perd son caractère absolu et parfaitement objectif.

         C’est ce qu’expliquent Einstein et Infeld dans L’évolution des idées en physique. Ils y qualifient les « concepts physiques » de « créations libres de l’esprit ». Or, cette expression ne qualifierait-elle pas à la perfection les œuvres d’artµ ? Il s’agit pour les auteurs de montrer que la connaissance scientifique aussi objective et rationnelle soit-elle n’accèdera pas plus à la nature dans sa réalité même que l’horloger qui devrait expliquer le mécanisme de la montre sans pouvoir l’ouvrir. Dès lors, il en est réduit à émettre de simples hypothèses – qui ont pour garde-fou l’expérience mais n’ont rien d’absolu ni même en réalité d’objectif. Ce n’est pas la réalité telle qu’elle est mais telle que nous pensons qu’elle est. A ce titre donc, l’écart entre art et science se réduit et il n’est plus justifié de les opposer brutalement au prétexte que seule la science fournirait une connaissance vraie et qu’au contraire l’art nous en éloignerait.

 

         La meilleure preuve n’est-elle pas que l’œuvre d’art peut servir de support pour la connaissance, historique notamment. L’historien n’utilise-t-il pas les œuvres d’art comme l’un des matériaux principaux lui permettant de connaître une époque et d’en rendre compte ? En dépit de la déformation induite par l’imaginaire à l’œuvre dans la création artistique, ou plutôt en raison de cet imaginaire, l’œuvre d’art nous permet de connaître les normes et goûts de l’époque de sa réalisation – elle nous ramène à cette époque et la reflète. En effet, il s’agit d’un objet réel, produit donc selon les normes de production et de réception de l’époque, reflet des goûts et techniques d’une culture. Par ailleurs, cet objet présente l’avantage, dans la mesure où on l’utilise peu ou en tous les cas moins que d’autres objets réels, de durer, étant ainsi le meilleur représentant qui soit d’une culture passée.

C’est ce qu’explique Hannah Arendt dans La crise de la culture. "Toute discussion sur la culture doit de quelque manière prendre comme point de départ le phénomène de l'art". En effet, la culture est constituée par l'ensemble des productions qui permettent aux hommes de se construire un environnement qui soit le leur et qui échappe à l'éphémère de la vie et de la consommation. La culture permet à l'homme de se créer un environnement humain mais non mortel - paradoxe compte-tenu de la mortalité de l'homme comme être vivant et naturel. A ce titre, l'œuvre d'art - parce qu'elle n'est pas utile et n'est donc pas utilisée - joue un rôle prépondérant parce que elle seule dure en échappant aux processus de consommation et d'utilisation qui usent les autres productions humaines. Ainsi, même si ce n'est pas là sa finalité, l'œuvre d'art a une permanence dans le temps qui en fait le représentant par excellence des cultures passées. En cela, nous avons quelque chose à en apprendre et l'œuvre d'art nous délivre un savoir valable en histoire, anthropologie, sociologie, etc...  

          Ainsi, parce qu'une connaissance du monde qui ne s'appuierait que sur des matériaux purement scientifiques raterait son objet, l'œuvre d'art occupe une place à part entière dans tout projet de vérité. Mais cela se limite-t-il à la seule connaissance du passé. Si nous pouvons aujourd'hui apprécier des œuvres passées, voire nous identifier à des personnages créés il y a plusieurs siècles de cela, n'est-ce pas qu'il y a dans l'œuvre d'art une vérité autre que purement historique et culturelle? Mais si oui, laquelle?      


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           Il semble en effet paradoxale de penser que l'œuvre d'art puisse nous avoir un quelconque rapport avec la réalité et ce que nous sommes et vivons aujourd'hui dans la mesure où elle est essentiellement fictive. Mais nous pouvons être sensibles à la beauté d'un Nocturne de Chopin ou des Nymphéas de Monet, nous pouvons nous identifier à un personnage créé par Balzac ou Zola et vibrer au rythme de ses aventures. Cela ne signifie-t-il pas que nous pouvons reconnaître dans ces œuvres une vérité atemporelle? Nous y reconnaissons en effet une sensibilité qui parle à la nôtre et c’est pour cela que ces œuvres nous plaisent. Or, l’expression de ces sensibilités est elle bien réelle, sincère et authentique. L’artiste ne nous ment pas mais nous fait connaître la réalité telle qu’il la voit et la ressent. Là se trouve la vérité des œuvres d’art.

         C’est ce qu’explique Proust dans Le temps retrouvé. L’artiste nous fait part dans l’œuvre de sa « vision » qui est l’expression de sa sensibilité et de sa manière unique de voir le monde. Or, cela correspond à la vérité puisque « la vie » en général ne correspond à rien, seules sont réelles des existences individuelles, menées par chacun sous un mode particulier et unique. C’est de cela dont l’œuvre d’art rend compte. Cette sensibilité propre à chacun est masquée chez nous par l’ensemble des codes et connaissances généraux qui nous habitués à ne pas utiliser notre sensibilité propre. L’œuvre d’art lève ce « voile » pour nous en nous faisant découvrir une sensibilité pure telle que nous avions oublié que nous en portion une. C’est pourquoi Proust peut parler de la « vraie vie », la vie « enfin vécue ». C’est en effet ce qui correspond à une existence en accord avec notre nature dans l’expression d’une sensibilité unique – seule manière de vivre pleinement, sans se masquer derrière les voiles habituels. C’est donc cette manière de voir le monde en accord avec une sensibilité que nous dévoile l’œuvre d’art, la vérité que nous pouvons y trouver.

 

         Le paradoxe est que cela est rendu possible par le fait même que l’art est fictif et imaginaire. C’est parce que l’artiste précisément se détourne de la réalité qu’il peut mieux la voir. C’est parce qu’elle est imaginaire que l’œuvre d’art nous procure une certaine vérité. La contradiction initiale est ainsi dépassée. Imaginaire et réel ne s’opposent plus mais au contraire se complète. L’artiste n’est pas, comme nous, enferré dans le quotidien, dans la consommation et l’utilitarisme, dans les cadres généraux qui nous empêchent d’être sensibles au monde car nous avons trop à y faire. Au contraire, en étant détaché et éloigné du monde, en ayant plus de recul, il est plus apte à bien le voir.

         C’est ce qu’explique Bergson dans La pensée et le mouvant[2]. En étant détaché du monde et de l’action – ce que nous avons l’habitude d’appeler le réel et qui constitue notre quotidien – l’artiste a développé une autre manière de voir, un autre rapport au monde. Il voit le monde pour lui-même et non plus pour autre chose. Il est libéré d’un rapport utilitariste au monde qui est celui du « commun des mortels » et qui nous empêche de voir le monde tel qu’il est pour nous le faire voir tel que nous en avons besoin. Ainsi, l’art, loin de nous détourner du réel, nous le montre au contraire tel qu’il est grâce précisément à la distance de l’imaginaire. Ce n’est donc pas parce qu’il est imaginaire que l’art n’est pas vrai – au contraire – c’est parce qu’elle est une construction imaginaire que l’œuvre d’art peut délivrer une certaine vérité.

 

         C’est au point que l’œuvre d’art peut également créer, générer du réel. En effet, puisqu’elle nous reconnecte avec une sensibilité, une manière de voir le monde que nous avions perdue ou oubliée, elle joue le rôle d’éducateur de la sensibilité. A ce titre, elle peut faire apparaître dans le monde des réalités qui n’existaient pas avant, simplement parce que personne ne les avait vues ou regardées comme les montrera par exemple un tableau.

         C’est ce qu’explique Oscar Wilde dans Le déclin du mensonge. Il existe certaines choses qui n’existent que parce que l’artiste nous les a montrées et nous a appris à les voir. Ainsi, Oscar Wilde prend l’exemple du brouillard londonien que nous ne voyons que depuis que les impressionnistes l’ont peint. Ce n’est pas qu’il existait auparavant sans que nous le voyions – peut-être était-il là mais nous ne le voyions pas donc il n’existait pas, n’était pas pour nous car nous ignorions tout de son existence que l’art nous a dévoilé. Le mot grec de vérité n’est-il pas « aletheia », dévoilement ? L’art est ainsi ce qui dévoile le monde pour nous, lève ce qui nous empêche de le voir avec notre sensibilité, fait exister ce qui restait caché. C’est là la vérité que l’art peut nous fournir.

 

*****

 

         Il y a donc une vérité des œuvres d’art. Certes, l’art n’est pas la science et la vérité qu’elle nous fournit n’est pas de même nature que la vérité scientifique. Mais la seule vérité scientifique est insuffisante et impuissante pour nous faire connaître le monde tel qu’il est dans sa globalité. Science et art ne s’opposent pas mais se complètent. Ce que l’art nous apprend comme vérité, c’est la vision de monde subjective et unique de l’artiste, c’est le dévoilement du monde, qui nous reconnecte avec la réalité d’une vie authentiquement vécue, celle que nous vivons lorsque nous utilisons à plein la subjectivité dont nous sommes dotés.

 

        



[1] Voir texte p.44 du manuel

[2] Voir texte p. 45 du manuel.

par N'DIAYE publié dans : Plans de cours TS
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