COMMENTAIRE DE TEXTE : JEAN-PAUL SARTRE
Eléments d’introduction.
- Le texte s’inscrit dans la problématique traditionnelle de savoir si l’emploi, le métier est facteur d’aliénation ou de libération chez l’homme. Il serait judicieux donc dans l’introduction de rappeler d’où vient cette idée – soit en rappelant la place du travail dans les sociétés antiques, ou dans la Bible par exemple. Dans cette perspective, Sartre prend clairement position dès la première phrase : « En fait l’élément libérateur de l’opprimé, c’est le travail. » que l’on peut identifier comme la thèse du texte.
- La difficulté du texte réside elle dans la dernière phrase : « c’est le déterminisme de la matière qui lui offre la première image de sa liberté. » Dans la mesure où déterminisme et liberté s’opposent, comment le déterminisme pourrait être facteur de liberté ?
- Plan : on peut identifier les deux parties articulées par un « mais ». Dans la première partie, Sartre revient sur les éléments d’aliénation propres au travail. Dès la deuxième partie, Sartre nuance son propos en expliquant en quoi l’organisation moderne du travail tempère ces éléments pour montrer en quoi, malgré tout, le travailleur s’émancipe dans le travail.
Première partie.
- Le travail représente un certain nombre de contrainte : « conditions » et « durée » du temps de travail sont les deux éléments imposées et qui représentent un asservissement : la liberté du travailleur est remise en cause pour la simple raison qu’il n’est plus autonome, il n’est pas libre maître de ces éléments. Il perd la liberté de choix. On peut voir ici dans ce que dit Sartre, la reprise des critiques faites par Marx au système capitaliste. Le problème essentiel ici est celui de la finalité : celle de la production pour vendre et non gratuite, pour elle-même (cf. « on lui vole le produit de son travail » plus loin dans le texte) – c’est en cela que réside les éléments d’aliénation dans le travail.
- Cette aliénation est renforcée par les progrès de la technique. Le « chef » moderne est plus exigeant, simplement parce que les progrès techniques sont tels que les processus deviennent plus déterminés, plus cadrés, qui laissent là encore moins de place à la libre décision, à la créativité, au libre choix, en un mot à la liberté.
- Pour toutes ces raisons, le travail s’accompagne nécessairement d’une certaine forme d’aliénation ou – comme le dit le texte – d’oppression – le terme est plutôt politique traditionnellement mais employé ici il signifie, comme en politique, le fait d’être maintenu sous une contrainte physique, au corps.
Deuxième partie.
- Toutefois, et c’est l’objet de la deuxième partie, cette « oppression » n’est pas totale et il est possible pour l’ « opprimé » de s’émanciper dans le cadre même de cette contrainte.
- Plus exactement, le travail « amorce » le processus de libération, c'est-à-dire le rend possible et l’engage, mais le travailleur sur la voie de la libération.
- D’abord, l’emploi et son organisation sortent l’homme de l’esclavage. Puisque ce sont précisément ces processus très déterminés dont il a été question dans la première partie qui permettent de sortir de l’arbitraire dans lequel se trouvait le travailleur d’époques plus anciennes.
- La contrainte relève donc dans les deux extrêmes « temporels » : le début (les consignes, la tâche qui est imposée et fixée, etc…) et la fin (le produit du travail est volé – le terme « volé » - qui est faux – tient compte du rapport entre le travailleur et son produit qui lui appartient comme prolongement de son être : dès lors, s’il n’en dispose pas librement, on peut considérer qu’il lui est volé).
- C’est dans l’action sur et contre le déterminisme de la matière que l’homme se libère. En utilisant des règles universelles, l’homme affirme son humanité et en les appliquant il affirme sa supériorité sur la matière et la nature, s’en libérant par là-même. On peut retrouver là ce qu’Hegel disait déjà sur le rôle de la production d’objet dans la conscience de soi.
Eléments critiques.
Certes, l’homme se libère dans la production d’œuvre, mais l’emploi ne rend pas toujours possible cette émancipation. La pire émancipation dont l’homme ait à se défaire, ce n’est pas celle de la matière, mais celle de l’homme.
Conclusion
L’homme, par le travail, se libère de la matière, de la nature, et se met ainsi sur la voie d’une véritable émancipation qui, en dépit des contraintes inhérentes au travail, en fond une étape nécessaire de l’humanité de l’homme.
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